Acceptance speech by Max Huber
Full acceptance speech (in French) by Max Huber, Honorary President of the International Committee of the Red Cross, on the occasion of the award of the Nobel Peace Prize in Oslo, December 10, 1945.
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Sire, Altesses Royales, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Quand le Comité international de la Croix-Rouge apprit que le Comité Nobel du Storting norvégien lui avait attribué le Prix de la Paix pour 1944, notre surprise fut grande et notre joie profonde. Après que ce prix eut été donné à notre institution en 1917 lors de la grande guerre de 1914–1918, nous n’aurions pas osé nous attendre à une deuxième attribution.
Depuis quarante-quatre ans, le Prix Nobel est devenu une idée importante, voire une force de la civilisation occidentale. Non seulement les lauréats, mais les pays auxquels ils appartiennent, se sentent grandement honorés par ces attributions.
Pour notre Comité, votre décision a une signification particulière, un prix particulièrement grand en ces temps-ci.
La Norvège, pays de liberté et l’un des soutiens les plus convaincus d’un véritable ordre international, d’une paix basée sur la justice, a passé par une période de grande épreuve. Elle en sort indomptée, agrandie moralement par les sacrifices qu’elle a faits pour sauver pendant une période d’oppression son âme indépendante.
Venant d’un pays qui a passé par une période d’occupation, le Prix de la Paix a pour nous une valeur exceptionnelle. Le Comité international s’est efforcé de secourir toutes les victimes de la guerre et de servir à cet effet d’intermédiaire entre les belligérants. Pour rendre ce service à un pays occupé nous avons rencontré des difficultés particulièrement grandes. Nous aurions voulu faire plus et plus vite, mais ce n’est que peu à peu que nous avons réussi à vous atteindre, vous et ceux qui vous sont cbers. Si vous avez estimé pouvoir attribuer au Comité international le Prix de la Paix, n0us croyons pouvoir en déduire que vous estimez que notre Comité s’est efforcé sérieusement, et non sans résultats, d’accomplir une tâche que lui assigne une tradition de plus de quatre-vingts ans.
Le Comité a désigné une délégation chargée de vous exprimer en cette journée solennelle notre profonde gratitude pour cette haute et inestimable appréciation de notre travail, qui signifie en même temps une contribution précieuse pour la consolidation matérielle de notre œuvre.
Si nous venons ici recevoir ce prix, ce n’est pas pour le Comité seul, association actuellement composée de dix-neuf citoyens et citoyennes suisses, mais nous le recevons aussi pour nos 1700 collaborateurs et collaboratrices modestement rétribués et les 1700 bénévoles dans la Suisse entière et à l’étranger, dont beaucoup nous sont restés fidèles pendant des années. Sans le patient et consciencieux travail de ces milliers d’ouvriers et d’ouvrières de la Croix-Rouge, dans les services du Comité même et des organismes qui lui sont rattachés, l’immense travail de l’Agence centrale des prisonniers de guerre et les différentes actions de secours n’auraient pas été possi))les. Non moins important est le service délicat et souvent très périlleux de nos délégués et de nos convoyeurs sur terre et sur mer. Je suis particulièrement heureux de voir honorée par votre décision cette pléiade de collaborateurs pour la plupart inconnus, mais qui, dans l’esprit de Croix-Rouge, ont donné à l’œuvre leur temps, leurs forces, souvent leur santé et quelquefois leur vie.
Si le Comité international a pu rendre des services au cours des années passées, c’est en grande partie grâce aux efforts immenses des Sociétés nationales de Croix-Rouge. Sans leur appui dans tous les pays, nous n’aurions pas pu servir d’intermédiaire, et je rends hommage aux Sociétés nationales qui, comme la Croix-Rouge de Norvège, ont dû déployer leurs efforts dans des conditions particulièrement difficilës, étant obligées de travailler eu en exil ou sous l’occupation.
Enfin, je dois dire que l’action du Comité international n’a pu s’exercer qu’avec le consentement des gouvernements intéressés. Ce n’est pas en vertu de textes de traités internationaux, mais seulement grâce à la confiance qu’il a pu acquérir et grâce à l’utilité de ses services, que le Comité international peut exercer ses activités dans les pays belligérants. Nous n’avons derrière nous rien que la force de l’idée de la Croix-Rouge et la loyauté et l’impartialité dont notre activité doit s’inspirer. Notre impuissance matérielle et politique est peut-être précisément notre force.
Quand Alfred Nobel a institué le Prix de la Paix, il a pensé surtout à la paix constructive, à un ordre international qui rend impossible les conflits armés. C’est pourquoi le Comité Nobel du Storting a attribué une grande partie de ses prix à des hommes qui étaient des protagonistes du pacifisme, de l’arbitrage et de la conciliation internationale, à des hommes d’Etat qui ont rétabli la paix et ont agi pour une meilleure compréhension des peuples. Mais, dès le début, vous avez aussi attribué des prix à des hommes et à des institutions qui ont secouru les victimes de la guerre et des maux qui sont les conséquences de la guerre. Il est significatif que le premier Prix Nobel ait été donné à Henri Dunant, qui par son «Souvenir de Solférino» a attiré l’attention du monde sur le sort terrible des blessés et des malades des armées en campagne et qui, par son ardent désir de servir les malheureux, a été l’un des fondateurs de ce Comité que nous avons l’honneur de représenter ici, et qui, en 1863, a donné l’impulsion à la création de l’œuvre universelle de la Croix-Rouge et à la première Convention de Genève de 1864.
Et c’est dans cette même conception que le Prix Nobel de la Paix de 1922 fut décerné à un des plus grands fils de la Norvège, Fridtjov Nansen, dont le nom est lié pour toujours aux grandes œuvres de reconstruction de l’aprèsguerre de 1914–1918.
Bien qu’il paraisse y avoir une grande différence entre la paix constructive et l’aide aux victimes de la guerre – aux yeux de certains même, un antagonisme – ce lien est profond et essentiel. La Croix-Rouge n’a pas seulement pour but de secourir les victimes de la guerre; en le faisant, elle sert un autre dessein non moins important, celui de sauver, dans la tourmente et les ténèbres de la guerre, l’idée de la solidarité humaine et le respect de la dignité de toute personne humaine, précisément à une époque où les véritables ou prétendues nécessités de la guerre font remettre à l’arrière-plan les valeurs morales.
Toute organisation destinée à assurer la paix des peuples ne peut durer que si elle s’inspire de l’idée de solidarité active entre les hommes, idée que la Croix-Rouge veut sauvegarder même dans les heures les plus sombres de l’humanité.
C’est d’un cœur ému et avec un sentiment de profonde reconnaissance que le Comité international de la Croix-Rouge reçoit pour lui et tous ses collaborateurs ce prix de la Paix, que le Comité Nobel du Storting de cette vaillante et libre Norvège lui a décerné pour ses efforts des dernières années.
From Les Prix Nobel en 1945. Copyright © The Nobel Foundation
Nobel Prizes and laureates
Six prizes were awarded for achievements that have conferred the greatest benefit to humankind. The 14 laureates' work and discoveries range from quantum tunnelling to promoting democratic rights.
See them all presented here.